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Le chemin des oiseaux 08 12 12


Le chemin des oiseaux

Rencontre avec Allain Bougrain-Dubourg, le défenseur passionné de la nature et de l’environnement, venu évoquer le déclin de la biodiversité la semaine derrière, à Fouesnant. On imagine l’ancien compagnon de Brigitte Bardot et de Jeane Manson, habitué des plateaux télévisés, débarquant en terrain conquis, affublé des tics exaspérants de la « jet set » parisienne. On a tout faux. L’homme est simple, avenant, disponible. Première étape. Le maire tient à l’emmener faire le tour du propriétaire. Allons-y donc en minibus vers les bords de mer. Premier arrêt à la Pointe de Mousterlin. Sur le rocher, les oiseaux, prévenus, sont au rendez-vous. Le président de la Ligue de la protection des oiseaux n’en croit pas ses yeux. A quelques mètres, la gent ailée, nullement effarouchée, prend la pause. Le pourchasseur de chasseurs se perd en superlatifs. Imperturbable, Lulu récite : bécasseau sanderling, tournepierre à collier, Grand cormoran, Huîtrier-pie. La coupe est pleine. Il est temps de repartir. On longe le marais avant d’arriver à Cleut-Rouz. Convoqués, les cols-verts se sont parés de leur plus bel uniforme et défilent en majesté. L’œil embué, Bougrain s’en mettrait presque au garde-à-vous. Un coup d’œil sur le site de Kerbader où l’on a oublié d’allumer le four à pain en l’honneur du chantre de l’authenticité et, déjà, se profilent les dunes de Maner Coat-Clévarec (Renouveau). A pas cadencés, on arpente les terrains qui autrefois servaient de parking et qui, aujourd’hui, symbolisent la volonté de reconquête du front de mer. Un regard sur la plage où la laisse de mer ganse de brun le sable immaculé, histoire de rappeler à l’hôte du jour qu’à Fouesnant on se trouve aux antipodes des espaces aseptisés de la Méditerranée et voilà la petite équipe repartie vers Kerambigorn et sa dune renflouée. Puis ce sera Beg-Meil où pour l’occasion, la pinède s’est refait une beauté. Au passage, l’œil avisé du président de la LPO s’est allumé en découvrant que dans la station on était allé jusqu’à donner à un petit passage le nom de « chemin des oiseaux ». Cette fois-ci, il n’y avait rien de prémédité. En revanche, au Cap-Coz, l’escadrille des oies bernaches a bien décollé à l’heure dite pour saluer l’arrivée de leur grand-maître. Il ne restait plus à Allain Bougrain-Dubourg qu’à déambuler dans le sentier labellisé « quatre handicaps » avant de reprendre son souffle dans la Maison des Marais. Et là, des lèvres augustes du prestigieux défenseur de la biodiversité, est sorti le mot que le maire et ses services guettaient depuis quelque temps : « Bravo ! ».

 

Deuxième étape. Une centaine de personnes attendent l’invité dans la salle de l’Archipel. Allain Bougrain-Dubourg possède, à l’évidence, son sujet et sait tenir l’auditoire en éveil. Le plaidoyer pour la sauvegarde de la planète et pour ne pas sacrifier le déclin des espèces sur l’autel de l’urgence climatique est vibrant. A l’heure du débat, l’homme qui défie physiquement les prédateurs de tourterelles, de pinsons ou d’ortolans ne se laisse pas démonter. Libre il est, libre il restera. Et s’il fréquente au quotidien les présidents et les ministres, il n’abandonnera pas sa liberté de parole pour un strapontin ministériel. Oui, il a trouvé Sarkozy sincère quand il a créé le ministère de l’Ecologie avec Alain Juppé à sa tête. Oui, il fonde des espoirs sur la Conférence environnementale initiée par Jean-Marc Ayrault. Non, il ne veut pas de tauromachie en France. Non, il n’est pas d’accord pour la réalisation d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Allain Bougrain-Dubourg a des convictions. Il a aussi de l’humour. Avant de terminer, il a confié qu’il aimait finir sur une citation afin d’être assuré d’obtenir des applaudissements. Il a donc appelé Einstein à la rescousse : « Le monde est dangereux à vivre : non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ». Et d’ajouter : « A Fouesnant, on regarde le mal mais on ne laisse pas faire ». De fait, le public a applaudi. Mais on s’interroge toujours : était-ce pour Roger Le Goff ou pour Allain Bougrain-Dubourg ?

JYLD

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